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Ma mère coupait alors le pain en petits morceaux et me les
mettait dans la bouche; sans que j'aie à cesser d'ecrire."
L'ecole ne pouvait convenir longtemps à un adolescent si precoce.
A quatorze ans, nous le retrouvons aux pieds de Yahyà b. Ammâr dont il
suit avec passion l'explication du Coran. Au grand etonnement de tous
le maitre le designe à l'avance comme son futur successeur. C'est
egalement à cette epoque que le jeune homme ecoute les leçons
de Mohammed Taqi Sidjistani dont l'enseignement devait faire de
lui l'un des champions du Hanbalisme. Après la mort de ce
maitre, qu'il cherissait entre tous, il decide de quitter Herat afin
de poursuivre ses etudes dans les grands centres intellectuels et
religieux de Khorasan. En 417, nous le trouvons à Nishapour,
puis à Touss et à Bistam. Son desir de s'instruire ne fait que
croitre avec l'âge. S'agirait-il simplement d'une curiosite intellec-
tuelle exceptionnellement developpee, sans lien avec la formation
de piete simple reçue à la maison paternelle? Certainemet pas.
Notons en effet que toute l'attention du jeune Abdullah se conc-
entre sur les sciences religieuses, Coran, Hadith, Fiqh. Il n'eprouve
aucun interêt pour la philososophhie et les sciences naturelles
L'etude est avant tout pour lui le moyen d'approfondir sa foi
et d'apprendre à y conformer sa vie. Il ne conçoit pas l'idee
de pouvoir utiliser ses talents autrement qu'au service de Dieu, et
son avidite du savoir est à la mesure de son amour.
Le souvenir emu de son père devait cependant lui poser un
problème. Il avait ecoute les maîtres les plus celèbres, il connaissait
par coeur des milliers de hadith, et bientôt il allait enseigner à son tour.
Neanmoins rien n'n'approchait de ce qu'Abou Mansour lui avait donne:
ce sens profond de Dieu sans lequel tant de science accumulee eut
ete vaine. Une rencontre decisive devait lui en donner conscience et
l'orienter definitivement vers la voie des soufis. Laissons-lui le soin
de nous la raconter lui-même :
"J'avais resolu d'accomplir le Pèlerinage. Je m'en vins à Ray,
mais, cette annee-là, la caravane ne partit pas, faute de charge suffi-
sante. Au retour, il m'arriva de rencontrer Khârçâni. Dès qu'il
m'aperçut, il s'ecria: "Entre chez moi, ô toi que je desi-
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